Les Entretiens de New York 2026

« Les grandes amitiés entre les peuples reposent sur cette étrange certitude que le désaccord le plus fort ne suffirait jamais à les séparer. »

Il y a quelque chose d’inexplicable dans la relation entre la France et les États-Unis. De l’affect autant que de l’histoire, de l’admiration autant que de la défiance, de la proximité autant que cette irritation propre à ceux qui se connaissent suffisamment bien pour ne plus se ménager.

C’est peut-être cela, au fond, une fraternité.

Les deuxièmes Entretiens de New York, le 10 septembre au Consulat général de France, nous ont permis d’en comprendre un peu mieux la nature.

Car si la relation franco-américaine est faite d’économie, de stratégie, de rapports de force et parfois de postures, elle est aussi, et peut-être avant tout, une relation intellectuelle. Depuis plus de deux siècles, Français et Américains s’observent, se questionnent, s’admirent, se critiquent et parfois s’inspirent. Ils ne mettent pas toujours les mêmes réalités derrière les mêmes mots. Mais ils continuent de vouloir être ensemble.

Et c’est sans doute la première leçon de ces Entretiens : une relation ne s’entretient pas seulement par les actes ; elle doit continuellement s’enrichir de contenu.

Nous avions confié à de jeunes actifs français et américains, issus de NextGems, construit par Les Entretiens avec le Boston Consulting Group (BCG) , et des Young Leaders de la French-American Foundation, une mission : mettre des mots sur quatre valeurs de cette amitié, dialoguer et s’inspirer mutuellement, défendre la dignité humaine, être présents dans les épreuves, faire progresser la liberté.

Nous les savions brillants. Nous avons découvert davantage : une maturité.

Une compréhension de la relation franco-américaine débarrassée de la nostalgie comme de la naïveté. Ils en connaissent les différences et les contradictions sans jamais considérer qu’elles puissent affaiblir l’essentiel.

En les écoutant, nous avons compris que cette amitié avait devant elle une génération capable de la porter sans la répéter.

Et cela donne beaucoup d’espoir.

Car transmettre suppose d’abord de savoir ce que l’on veut transmettre. En quelques heures, ils ont réussi à mettre des adjectifs, des verbes et des mots sur ce ressenti collectif qui unit Français et Américains depuis si longtemps.

Monique Canto Sperber a ensuite donné à cette intuition toute sa profondeur en parlant d’une « fraternité exigeante » : celle qui n’exige ni complaisance ni identité de vues, précisément parce qu’elle repose sur quelque chose de plus profond que l’accord du moment.

Puis Mathieu Chabran, Matthieu Courtecuisse et José Placido ont confronté leurs expériences du management français et américain. Diriger, décider, écouter, considérer l’autre — jusqu’aux délicieuses nuances autour du feedback ! Une conviction en est ressortie : comprendre l’autre ne consiste pas à effacer sa différence, mais à apprendre les codes à travers lesquels elle s’exprime.

Et puis l’émotion est venue compléter l’intelligence.

Vingt-cinq ans après le 11 Septembre, Manuel Carvalho a raconté son arrivée à Ground Zero.

Ce pompier secouriste français avait traversé l’Atlantique avec une ambition d’une simplicité bouleversante : aider ses « amis américains ».

Dans le Salon rose du Consulat, l’histoire intellectuelle dont nous parlions depuis plusieurs heures prenait soudain un visage, une voix, un souvenir.

Elle devenait fraternité en actes.

La minute de silence en mémoire des victimes du 11 Septembre n’en fut que plus chargée.

Un dernier mot pour remercier et rendre hommage : ces Entretiens n’auraient pas existé sans Leah Pisar, Jean-Hugues Monier et l’équipe réunie autour d’eux ; sans Cédrik Fouriscot, Consul général de France à New York, et ses équipes ; sans l’Ambassade de France aux États-Unis, la French-American Foundation autour de Margaret Faye, nos partenaires et toutes celles et ceux qui se sont mobilisés. Une pensée particulière pour Carole Brookins, dont nous avons honoré la mémoire, et toute notre gratitude à Daniel Boulud et son équipe pour avoir accompagné la conclusion de cette soirée.

Les Entretiens se racontent difficilement. Ils appartiennent en réalité à celles et ceux qui les vivent comme à celles et ceux qui les font.

Mais à New York, quelque chose s’est produit : une réflexion intellectuelle renouvelée sur cette aventure commune, avec l’ambition d’en dépasser l’écume de l’instant pour retrouver ce qui lui permet, depuis plus de deux siècles, de traverser les crises, les désaccords, les présidents, les générations et l’Histoire.

Et chacun, en quittant le Consulat ce soir-là, avait sans doute compris une chose :
cette conversation ne faisait que commencer.